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les romanciers chinois seraient incultes

les romanciers chinois seraient incultes

Un traducteur accuse : « les romanciers chinois sont incultes »

Il y a 3 ans, le sinologue allemand Wolfgang Kubin avait créé une belle polémique en Chine, en qualifiant la littérature chinoise de « merde ». Directeur du Centre d'études orientales de l'université de Bonn et traducteur allemand de plusieurs auteurs, revient à la charge dans une interview à nos partenaires du magazine Books, dans laquelle il persiste et signe, avec d'autres mots, et n'hésite pas à écorner des « géants » de la littérature contemporaine comme Mo Yan ou Yu Hua. Principaux extraits issu de bookmarks.


Que reprochez-vous aux écrivains actuels ?

Il faut tout d'abord préciser que ma critique ne visait que le roman, auquel se réduit hélas ! pour la plupart des gens, la littérature chinoise contemporaine. On ne parle jamais de la poésie ou du théâtre. Le pays compte pourtant aujourd'hui une douzaine de poètes qui sont sans aucun doute parmi les meilleurs au monde. Mais ils n'ont aucune visibilité.

Aux yeux du public, des maisons d'édition et des historiens de la littérature, ils n'existent pas. Le roman, lui, jouit d'une grande visibilité sur la scène internationale, mais est de bien piètre qualité. Cette opinion est largement partagée par mes collègues. Ce que disent mes homologues chinois, en privé, est bien plus radical encore.

Aux yeux de la plupart d'entre eux, le romancier contemporain type est totalement inculte : il n'a aucune culture littéraire, ne maîtrise pas sa langue, ne parle pas un mot d'anglais et n'a pas la moindre connaissance de la littérature étrangère. Selon eux, sur la scène mondiale, les romanciers chinois sont des tubaozi, comme on nomme en Chine les migrants qui ont quitté la campagne pour les grandes métropoles, avec des problèmes d'adaptation : des « péquenauds ».

Cette littérature, qui mettait plus l'accent sur l'individu que sur l'État, encourageait la critique sociale et affirmait son indépendance par rapport au régime, était moderne au sens le plus pur du terme. Les écrivains de l'ère républicaine maîtrisaient les langues étrangères. Ce qui leur a permis de forger une nouvelle langue, d'une extrême élégance, qu'on appelle aujourd'hui le chinois « moderne ».

À partir de 1949, et jusqu'à la fin des années 1970, le régime communiste a contraint les écrivains à abandonner cette écriture : la langue chinoise a été détruite, exactement comme la langue allemande l'avait été entre 1933 et 1945. Mais la plupart des écrivains étaient consentants !

De nombreux intellectuels de l'époque voulaient abolir cette modernité et renouer avec la société communautaire et traditionnelle. C'est l'une des raisons pour lesquelles la majorité d'entre eux ont soutenu la révolution. Le poète Bei Dao, qui vit à Hong Kong, répète souvent que les auteurs continentaux n'ont jamais vraiment réussi à se débarrasser du discours maoïste. Tout comme les Allemands ont dû le faire, les écrivains chinois doivent désormais réapprendre leur langue.

Autrement dit, l'instauration de la République populaire a tué la littérature moderne dans l'oeuf ?

Oui. Mais, à partir de la fin des années 1970, nous avons vu se développer un débat sur le socialisme et la démocratie. Et les années 1980 ont marqué une renaissance de la littérature. Des écrits de très bonne qualité ont été produits à cette époque, notamment ceux de Wang Meng, l'auteur du Papillon, qui dispensait une critique très subtile et très intéressante du socialisme chinois.

La littérature chinoise et les livres ne se relèvera que le jour où les auteurs oseront affronter cette question : quelle doit être la position de l'écrivain chinois face au monde ? Actuellement, aucun n'a le courage de se poser en conscience critique de la Chine.


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